( 21 janvier, 2009 )

Brasserie Salmon – Freistroff – 1844-1940

 

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La Brasserie de Freistroff et la famille Salmon sont un kaléidoscope de la vie des Brasseries, des Brasseurs et des Mosellans  du XVIII°, XIX° et XX° siècle.

Après la révolution de 1789, les biens du clergé sont disséminés. L’abbaye cistercienne de Freistroff est mise en vente . François Emile Salmon né en 1834 se porte acquéreur de la partie gauche de l’abbaye. Il y installe une fabrique de sucre qu’il transforme en  brasserie au cours de l’année 1844. En remontant dans sa généalogie on trouve en 1700, Nicolas Salmon, jardinier à l’abbaye.

 

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l’emplacement de la brasserie, en partant de la gauche: le logement des ouvriers, la malterie et la maison d’habitation

François Emile est ce qu’on appelle à ce siècle un fermier-brasseur ou  laboureur-brasseur. Il possède un train de culture important auquel il adjoint une petite activité complémentaire de brasserie.En 1885 la brasserie produit 200 hectolitres de bière forte.

vuegnrale0018.jpgle grenier à maltvuegnrale0019.jpg

le moulin à malt

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l’emplacement de la meule à grain qui était actionnée par une paire de boeufs

Jean-Marie-François dit Françis Salmon est né le 8 septembre 1843 dans une famille très pieuse qui compte dans ses rangs plusieurs prêtres et religieuses. Il fait ses études au petit séminaire de Montigny-les-Metz puis les poursuit chez les jésuites du collège Saint-Clément de Metz. Elève brillant, ses professeurs lui proposent d’entrer à l’école polytechnique mais il préfère intégrer l’entreprise familiale. François se forme à l’art du brassage dans diverses brasseries de Sarre et d’Alsace.

En 1862, Françis Salmon reprend et développe l’entreprise familiale, tant sur le plan brassicole que culture et élevage. Humaniste, il coopère avec l’instituteur et prodigue des cours pour adultes.

En 1874, il obtient une médaille de bronze à l’exposition d’Haguenau, le grand rendez-vous des brasseurs, le plus grand marché de houblons d’Alsace-Lorraine.

 En novembre 1874, la brasserie s’est développée, François, qui en plus de ses activités brassicoles et agricoles, devient le chef de file des patriotes mosellans associe son frèreEmile à l’entreprise. Emile avait opté pour la nationalité française à la mairie de Nancyle 2 juillet 1872.

En 1880, un terrain est cédé  à la compagnie de chemin de fer. La ligne de chemin de fer coupe l’abbaye en deux, l’église et la chartreuse disparaissent. Les bâtiments sont surélevés d’un étage en 1884. En 1886, le frère décède, sa veuve rentre dans l’ordre des franciscaines du Saint-Sacrement à Troyes sous le nom de soeur Marie-Gabrielle, elle en deviendra la soeur supérieure.  Françis, surchargé de travail démissionne de sa charge de député. Il décède le 31 anvier 1897 après avoir cherché vainement un gérant. La brasserie emploie alors 13 ouvriers et produit 5000 hectolitres, soit 25 fois plus qu’à ses débuts.

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la brasserie séparée par la voie ferrée

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Monsieur Jean-Marie-François Salmon  – Source: La Croix de Lorraine 1897 (Collection Jacques Sassi)

Monsieur Jean-Marie-François Salmon et la vie publique :

A 27 ans, en 1870 il est élu conseiller municipal puis un an plus tard en 1871 il est nommé maire de Freistroffpuis révoqué en 1876 pour avoir en couragé et favorisé l’insoumission militaire. Devenu président du comice agricole et président du conseil d’arrondissement, il est élu en 1879 député au Landesausschuss sur une liste indigène, fidèle  la France. Le 15 janvier 1883, est décoré de l’ordre de la Couronne de 4° classe. Il fait partie du comité supérieur de l’instruction publique, il est nommé conseiller général en 1891.

 

Ses dernières paroles :

Le Vendredi 29 janvier 1897 il demande les derniers sacrements, rappelle qu’il n’avait jamais gardé rancune à personne et qu’il avait pardonné à tous. Le dimanche, il fait venir ses enfants, les bénit, remercie sa femme pour tout le bonheur apporté, et dit à ses amis  »Ne pleurez pas sur plus mon sort que je ne pleure sur le mien; je meurs comme j’ai vécu, en soldat du travail »

 

Au décés de Jean-Marie-François Salmon, c’est sa veuve et son fils François qui reprennent les rênes de l’entreprise. François succède à Françis comme conseiller général après de élections mouvementées dont nous allons relater quelques faits qui seront néfastes  à la famille Salmon en 1939 :

En février 1891, Monsieur François Salmon se présente comme membre du conseil général du canton de Busendorf (Bouzonville). Candidat indigène (des patriotes attachés à la France) soutenu par les journaux cléricaux et pro-français « le Lorrain » et « le Messin », il est élu avec 53,5% des voix. Son conccurent malheureux, le banquier Krompholtz de Bouzonville, soutenu par le journal « la Gazette de Lorraine » bienveillant envers l’occupant (qui prône un rapprochement entre les indigènes et les immigrés), soutenu par le notaire Stiff porte une réclamation au conseil départemental sous les motifs suivants:

- à Hargarten, les assesseurs jouaient aux cartes et les bulletins Krompholtz étaient peu visibles.

- à Tromborn, le manifeste de M. Salmon était affiché aux portes de l’église et le prêtre faisait du prosélitysme pour son candidat.

- dans plusieures communes, Dalem, Kreuzwald, Ebersweiler, Reimeringen, St. François, de la bière de Freistroff était distribuée gratuitement aux électeurs.Le meunier Engle, à Kreuzwald, obigait les électeurs à voter Salmon. 

- à Berweiler, le cultivateur Grisse a dit aux électeurs pour qui il devaient voter.

- à Dalem et à Wallerchen, les bulletins étaient préparés pour les deux candidats dans les bureaux de vote.

- à Wallerchen, un bulletin taché, donc reconnaissable était déposé dans l’urne.

- à Algringen, on compte un bulletin de plus que d’électeurs.

- à Schwerdorf, le bureau a fermé à 16 heures au lieu de 18.

- à Dalstein, le sieur Soto a été admis à voter après la fermeture du bureau.

- à Merten, un seul membre du bureau était souvent présent et le curé Gladelle paraissait souvent pour influencer les électeurs.

- à Hemingen, le scrutin a été ouvert à 10 heures le bulletin de l’électeur Mayam a été lu.

- les journaux le Lorrain et le Messin ont été distribués à des non abonnés.

Les élections annulées pour les raisons citées ci-dessus sont reportées fin juin. Monsieur François Salmon sort cette fois avec le score de 60,50% des voix.

 

En mai 1893, Mme veuve Salmon d’Astel cherche en vain à revendre la propriété. Le 2 février 1897, François décède. L’entreprise familiale continue son activité jusqu’en 1940 année  ou les membres de la famille Salmon sont obligés de quitter Freistroff, du fait du nom Salmon, les nazis les prennent pour des français de confession juive. Quand on connait les événements de l’époque, on sait que l’ occupant  détenait des dossiers très complets sur les Alsaciens-Lorrains, les listes de personnes à expulser étaient déja prêtes avant la débacle. La famille Salmon  payait son attachement à la France.

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 Le jour de Noël 1942, les bâtiments réquisitionnés sont la proie des flammes, incendie provoqué par la négligence des soldats allemands qui occupent les lieux. Ainsi prend fin l’épopée de la Brasserie Salmon de Freistroff. Il reste très peu de documents et objets publicitaires témoins de cette brasserie.

 

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Dessin à l’encre de chine réalisé par un prisonnier allemand (cp offerte pa la fille de Monsieur Salmon)

 

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carton de la brasserie(collection Jacques Sassi)

 

Réalisation : M. SASSI JACQUES

                       La maison d’hôtes

                       Bois de Coulange

                        57360  Amnéville les Thermes

Contacts :  www.lamaisondhotes.fr

 

Sources:  Archives départementales de la Moselle- Mme et M. Salmon Septembre 1998

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